Jean Giono
Manosque, 30 mars 1895 – 9 octobre 1970
Dans le paysage littéraire du XXe siècle, Giono, figure dominante, est pourtant à part. Fils unique d’un cordonnier et d’une repasseuse, attaché à ses racines paternelles piémontaises et gommant la part de sang provençal qu’il tenait de sa mère, il est né à Manosque, ne l’a quitté qu’épisodiquement, contre son gré, et y est mort. Ayant dû, pour faire vivre sa famille, quitter le collège à seize ans et devenir employé de banque, il bâtit seul sa culture, et ne fait à peu près aucun voyage à l’étranger jusque passé la cinquantaine.
Il déteste les grandes villes, surtout Paris, où il ne restera peut-être jamais quinze jours de suite. L’atmosphère de l’édition l’indispose. Il a assez peu de relations littéraires, peu d’entregent. Aucun prix littéraire français important ne lui est jamais décerné, ce qui ne compte d’ailleurs guère pour lui : il déteste l’argent et vit simplement. Exigeant avec lui-même, il se veut bon artisan.
Resté à l’écart des courants, volontiers même à contre-courant, n’ayant pas fait école, pas cherché à exercer une influence littéraire, ni à dégager la théorie de son écriture, il est inclassable. On l’a pris pour un paysan, pour un écrivain régionaliste alors que la moitié de ses livres sont situés dans les Alpes, ou en Italie, ou sur l’océan, pour une sorte de félibre, lui qui ne parlait pas le provençal et avait horreur de Mistral.
Son enfance est pauvre et heureuse : pour lui un âge d’or dont il fera revivre l’atmosphère, directement ou indirectement, tout au long de sa vie. Ce bonheur est fracassé par la guerre de 14.
Mobilisé pendant plus de quatre ans, dont plus de deux au front dans l’infanterie – Verdun, le Chemin des Dames, le Kemmel, il en sort indemne mais viscéralement pacifiste. Démobilisé, il se marie : il aura deux filles.
Il a toujours aimé inventer des histoires, et a très tôt voulu écrire. Il s’y exerce avec de petits textes.
Mais il a trente ans quand il achève son premier roman (refusé)*, près de trente-cinq quand paraît le suivant, Colline (1929).
Ce livre poétique, qui fait passer dans les lettres un grand vent frais, obtient un succès immédiat ainsi que les suivants.
Giono peut quitter la banque et vivre de sa plume : Grasset et Gallimard se le disputent.
* Naissance de l'Odyssée, refusé par Grasset qui trouve que l'ouvrage "sent un peu trop le jeu littéraire"
Il poursuit son évocation des paysans de haute Provence, en symbiose avec la nature où ils vivent. Son observation aiguë et son sens du dialogue lui permettent de faire croire à la réalité de l’univers qu’il décrit, alors que ses personnages appartiennent en fait à un monde lyrique et utopique, sans administration, sans politique, sans moteurs, où la guerre de 14 n’a pas eu lieu, et où triomphent, malgré quelques violences naturelles, la générosité et le bien. Jusqu’au Chant du monde de 1934, premier de ses livres alpestres, tous ses romans, heureux et graves, finissent bien.





